L’avenir de la microfinance réside dans la capacité des principaux acteurs à maîtriser les risques de surendettement qui grèvent de plus en plus le bon fonctionnement des crédits au sein des institutions financières. L’accroissement rapide du nombre de candidats au crédit et la multiplication des prêts créent aujourd’hui une véritable concurrence entre associations de microcrédit.
Il y a risque de surendettement lorsqu’un candidat au crédit ou un client, pour des besoins économiques divers ou autres motifs, concoctent plusieurs crédits dans plusieurs AMC. Le client est souvent astreint à demander d’autres prêts lorsqu’il est dans l’espoir de les obtenir rapidement ou lorsque d’autres institutions ou programmes lui proposent de nouveaux crédits.
Dans ce cas de figure, il y a une nécessité pour l’ensemble des AMC de centraliser toutes les données informatiques relatives aux crédits de tous les clients pour se prémunir de ce risque. A ce jour, les AMC seraient munies d’une base informatisée leur permettant de connaître le niveau réel d’endettement par individu et leur permet également de maîtriser les nouveaux prêts et les futurs candidats aux prêts.
Une centrale des risques est assignée à récolter une série d’informations sur les clients officiellement identifiés et mentionnés dans les registres des différentes AMC partenaires, afin de connaître d’abord la capacité de remboursement de chaque client, ensuite d’étudier au cas par cas les rapports judiciaires existants entre les associations et ces clients. Elle aura également pour tâche principale de contrôler les crédits croisés (client empruntant à une AMC pour rembourser le crédit contracté auprès d’une autre). Cette centrale de risques est matérialisée par une base de données nationale qui regroupe toutes les informations de fond relatives aux AMC partenaires.
Les AMC, pour répondre aux attentes de cette centrale de risques, doivent veiller à alimenter régulièrement cette base de données en envoyant selon une périodicité et un format prédéterminés des informations sur l’octroi de prêts à tout client membre de l’association. Ces informations recueillies sont ensuite centralisées par individu et renvoyées sous forme agrégée à l’ensemble des AMC si bien que toutes les associations et partenaires et acteurs connectés à ce réseau pourront consulter ou vérifier l’existence d’autres prêts pour un demandeur donné.
Ces informations recueillies auront comme incidence, la réduction de la prise de risque des AMC et de leurs coûts de transaction et engendreront une augmentation de la rentabilité de ces AMC. La disponibilité de l’information de crédit a aussi un impact au niveau des clients et des superviseurs du système financier car elle permet d’éliminer les clients à haut risque tôt dans le processus de décision.
Par ailleurs la disponibilité des informations de la centrale de risque relatives aux crédits des clients a des intérêts majeurs vis-à-vis des clients et des superviseurs financiers. Pour les premiers cette base de données leur permet de ne pas être de mauvais clients mais aussi elle leur permet de renforcer leurs motivations à rembourser leurs prêts, leur évite le surendettement et parfois mêmes certaines tractations judiciaires.
Pour les superviseurs financiers, la centrale risque leur permet non seulement d’éliminer très tôt les clients à haut risque dans le processus de prise de décision mais c’est aussi une source importante sur le niveau d’endettement de certains segments du marché et les concentrations de risques dans certaines institutions.
La Centrale des risques permet d’améliorer la qualité des services fournis par les AMC, réduit leurs coûts, pénalise les mauvais clients et récompense les bons clients. Les informations de la centrale de risques, partagées par l’ensemble des AMC partenaires peuvent avoir des conséquences négatives relatives aux incidents de paiement et les mauvais payeurs et des conséquences positives qui permettront aux utilisateurs d’avoir de plus amples informations sur tous les clients, les prêts en cours etc.
Au Maroc, la centrale de risques utilise ce type d’information positive en se référant sur les renseignements de la carte Nationale. Les données récoltées sont les suivantes :
- Numéro de carte d’identité nationale, - Nom et Prénom, - Dates de début et de fin du prêt, - Montant du prêt, - Périodicité de l’échéance, - Montant de l’échéance, - Montant restant dû,
Par rapport à ces informations fournies par la centrale de risques, les AMC ont également la possibilité de mettre sur une liste noire tous les mauvais payeurs ; ce qui grèvent leur chance de contracter un prêt aux niveau de toutes les institutions de microcrédit connectées à ce réseau.
Les centrales de risques peuvent avoir un statut d’organe public ou privé. Au Maroc elle se réfère et fonctionne dans une concertation et une coopération entre AMC qui sont chapeautées par une fédération, la FNAM (Fédération Nationale des Associations de Microcrédit).
Aujourd’hui, le choix d’une technologie commune adaptée est très important et il doit tenir compte des insuffisances internes et externes des AMC qui n’ont ni la même taille financière ni les mêmes ressources humaines.
Les insuffisances internes se caractérisent par la capacité des AMC à utiliser et à adopter les Nouvelles Technologies de l’Information (utilisation, mise à jour du système, capacité à faire face aux problèmes...etc.) Les insuffisances externes concernent la disponibilité, l’efficacité et le coût des télécommunications. Il faut par ailleurs que ces AMC dans le cadre de la centrale de risques aient une vision commune des informations nécessaires à recueillir et une manière consensuelle de les collecter. Bien que le coût en hardware, software et communication soit relativement élevé, les coûts seront récupérés sous la forme d’un portefeuille de meilleure qualité.
A l’heure actuelle, le Maroc dispose d’un environnement favorable à la mise en œuvre d’une centrale de risques en microfinance : - accès à Internet disponible sur toute l’étendue du territoire pour la transmission rapide des données, - personnel qualifié dans les technologies de l’information et les systèmes de gestion de bases de données, - existence d’une centrale de risques pour la consommation, - système d’identification national des individus (N° de carte d’identité nationale), - les AMC prenant part au projet ont un système informatisé de gestion (à des degrés différents).
L’autre aspect qu’il faudra tenir en compte est celui de la sécurité. En effet la centrale des risques doit impérativement garantir la confidentialité des informations recueillies. Il est impératif que les seuls utilisateurs soient les personnes dont les AMC sont affiliées au réseau. Et les consultations doivent non seulement être confidentielles mais également elles doivent uniquement porter sur un individu et non sur l’ensemble de la base de données afin d’éviter les concurrences déloyales qui peuvent surgir entre AMC.
Quelques conditions nécessaires au succès de la centrale de risques : - Participation de tous les acteurs : la centrale de risque ne peut être efficace que si toutes les AMC donnent du sien en participant et en partageant l’information - SIG performant : la réussite du projet est conditionnée par l’existence dans chaque AMC d’un SIG performant capable de collecter et de restituer l’information fiable nécessaire à l’alimentation de la centrale. - Bonne coordination de la supervision : les différents organes de supervision du secteur de la microfinance doivent travailler en cohésion dans le but d’avoir une seule centrale de risques. - La centrale de risques doit être sous la responsabilité d’un seul organe de contrôle : pour s’assurer la cohérence au niveau politique et administratif, la centrale de risques doit être sous la responsabilité d’un organe qui pourrait notamment forcer les AMC à y participer. Utilisation légale de la centrale de risques : un cadre légal concernant la mise à jour et la consultation de la centrale de risques par tous les acteurs devrait être mis en place.